Exutoire des journaliers

Exutoire des journaliers agricoles des grandes plantations le samedi soir après la paye, le maloya est aussi lié à des pratiques magico-religieuses afro-malgaches.

Le Maloya, les origines

Kosa ilé maloya ?

Le mot maloya est cité en public pour la première fois vers 1930. C’est dans une pièce de théâtre du folkloriste Georges Fourcade intitulé «Zistoires la caze», qu’est décrite l’utilisation du kayamb, du bobre et du timba pour l’exécution d’un chant maloya, héritage des ancêtres mozambicains.

Cependant, les «couplets maloya» sont cités  dans un journal intime dès 1832 par Jean-Baptiste Renoyal de Lescouble, un colon installé à Sainte-Suzanne dans l’Est de l’île.

La musique des Noirs est attestée depuis quasiment le début du peuplement de l’île vers 1700. Sous des formes diverses et variées, les musiques noires traverseront le temps, les modes, se mélangeront, se complèteront pour former le socle de notre maloya actuel.

Le maloya est à la fois une musique profane et sacrée. C’est une musique monodique qui se développe généralement dans le mode mineur. La mélodie possède un mouvement conjoint. Les deux pôles qui se dégagent du chant sont les degrés toniques et dominants de l’échelle utilisée.

Exutoire des journaliers agricoles des grandes plantations le samedi soir après la paye, le maloya est aussi lié à des pratiques magico-religieuses qui se réfèrent aux différents cultes des ancêtres et des divinités animistes africaines et  malgaches.

Musique marginalisée pendant la période coloniale (des origines à 1946), dénigrée au début de la période départementaliste des années 1950, le maloya est décrit comme une musique primitive et tapageuse aux postures lascives pour adeptes de sorcellerie, de débauchés et ivrognes en tous genres.

Le maloya est pour ainsi dire « interdit d’espace public » des années 1960 à la fin des années 1970 car il est à l’époque  essentiellement joué par des partisans du PCR. Le maloya est jugé comme  subversif par le pouvoir en place à l’époque, pour jouer en public il faillait passer par un comité de censure. D’ailleurs, certains chanteurs  de maloya soutenus par  le Parti Communiste Réunionnais ont subit une sorte de prohibition durant cette période. Le PCR  voulait alors en faire une musique de classe afin de véhiculer des messages de résistance face système en place, ndlr- aujourd’hui, on dirait simplement de la récupération politique!

Révélé au grand jour depuis les années 1980, le maloya que nous connaissons aujourd’hui est à la croisée des chemins. A  cheval entre une tradition reconstituée et une recherche d’ouverture sur le monde, les musiciens actuels peuvent se baser sur l’héritage des Maîtres du Maloya que sont Lo Rwa Kaf, Granmoun Lélé, Gramoun Baba, Gramoun Bébé Manent, Henri Lagarrigue, Firmin Viry, Simon «Dada» Lagarrigue et Gramoun Sello, explorer de nouvelles pistes, faire vivre le maloya avec son temps sans pour autant se couper de la source originelle de cette musique.

Appelées maloya, «kabaré» , «séga-maloya» ou encore «séga kaf» à la Réunion, les musiques cousines existent dans tout le bassin sud-ouest de l’Océan Indien.

A l’île Maurice qui fut une ancienne colonie française, on appelle cette musique le «séga tipik». Il est accompagné d’un tambour sur cadre d’environ 50 centimètres de diamètre appelé ravanne. Celui-ci est fait à partir d’une peau de chèvre et possède trois jeux de cymbalettes sur son cadre. Pour avoir plus de puissance rythmique les «ravannes» sont généralement jouées par 3 ou 4. Elles sont accompagnées des «maravannes» qui sont des «kayamb» à la manière mauricienne et du triangle, instrument de musique européen.

A l’île Rodrigues, ancienne colonie française elle aussi, on appelle cette musique le séga tambour. Il a un tempo plus rapide que les autres ségas de la zone et il est accompagné par le tambour, le triangle et quelques idiophones locaux.

Aux Seychelles on appelle cette musique le «moutia». Le «moutia» est très influencé par l’instrumentation des «séga tipik» mauriciens car on retrouve les mêmes instruments qu’à Maurice pour l’exécution de cette musique au tempo plus lent que celui du séga des mauriciens. Il existe aussi aux Seychelles le séga tramblé qui possède un rythme différent des autres séga de la zone et qui est accompagné par le «tambour séga», un tambour qui ressemble étrangement aux tambours longs des lithographies représentant les danses des Noirs à la Réunion au XIXe siècle.

Le peuplement  de ces îles date essentiellement du XVIIIe siècle. De ces quatre anciennes colonies sont nés des rythmes, des chants en créole ayant beaucoup d’expressions à double sens.

A cela s’ajoute une spécificité réunionnaise, où il y a une forte résurgence de bribes de dialectes africains et malgaches dans le maloya. Celui-ci conserve un aspect profane certes limité tout en demeurant une musique liée aux rituels animistes.

La corrélation entre musique profane et sacrée n’existe qu’à la Réunion et a disparu dans les autres îles…

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  1. Vous dites vous-même que le maloya est un «Exutoire des journaliers agricoles des grandes plantations le samedi soir après la paye» ; il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il croise la route d’un parti qui, à l’époque, était massivement implanté parmi les ouvriers de la canne et du sucre, dans les champs comme dans les usines – et ceci, en particulier depuis la « bataille de Quartier-Français” (1955).

    Pour l’essentiel, si vous interrogez Simon Lagarrigue (beau-frère de Firmin Viry), il vous dira que les maloya qu’ils ont connus et chanté depuis les années 40 disent les “heurts” et malheurs quotidiens des ouvriers des plantations. Jamais je n’ai entendu dans leur bouche un maloya « véhiculant des messages de résistance face au rouleau compresseur occidental ». Tout au plus ont-ils chanté « l’autonomie », qui était leur revendication à l’époque (il y a en effet un maloya qui porte ce titre dans le premier disque enregistré). Mais, même Gilbert Ramin (ex-usine de Beaufonds), qui a très largement contribué à l’émergence de Granmoun Lélé, vous dira que de tels textes sont restés très marginaux. Sans doute inévitables, vu le contexte, ils n’ont jamais “recouvert” la nature profonde du maloya. Et ce dernier n’a pu connaître le formidable essor connu par la suite, que parce que le PCR, une fois son rôle historique rempli, a eu la sagesse de laisser le maloya aux seuls musiciens. De même qu’il a laissé aux linguistes le soin de porter le kréol – sorti du fénoir en même temps que le maloya !

    « Le maloya est resté interdit d’espace public jusqu’au milieu des années 1970, lorsque le Parti communiste réunionnais (PCR) décide de le mettre à l’honneur de son IVe Congrès (1976) en enregistrant les premiers chants de Firmin Viry et sa famille. Si cette initiative a pu être mal comprise dans le contexte d’affrontement politique qui prévalait alors, elle a incontestablement contribué à sortir ce chant-danse d’ouvriers des plantations de l’étouffement et de l’oubli auxquels il était promis. »

    C’est si vrai qu’à la fin des années 70, un soir où a été donné un bal à la Coopérative de vanille (Bras-Panon), en toute fin de soirée, l’assistance a dansé le maloya (sans doute avec Granmoun Lélé mais je ne pourrais pas l’affirmer ici) ! Diriez-vous que «les gros-blancs ont récupéré le maloya»? Pourtant, ils y étaient et ils l’ont dansé avec les autres… signe indubitable d’une « sortie du fénoir » !

  2. Bonjour , je suis ravi que vous avez pu exposée les différentes facette du Maloya et les musiques qui en découle, aussi bien la composition des instrument qui la compagnent.
    Un grand merci à vous.

  3. Bonjour,
    je travaille pour les éditions M. Lafon et je cherche des photos ou de vieilles gravures comme celles que vous avez sur votre site représentant des musiciens de maloya. Pourriez-vous me communiquer une adresse mail où je puisse vous expliquer notre projet et vous poser quelques questions ?
    Merci d’avance.
    Cordialement.

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